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23/10/2011

Requiescat in pace: Marco Simoncelli

simoncelli

Il y a des jours funestes, tellement sombres que même un soleil d’octobre ne suffit plus pour consoler l’âme et réchauffer le coeur. Et les dimanches ne font pas exception.

J’avais prévu aujourd’hui de m’octroyer un petit déjeuner de fête, la tête tournée vers mon écran de télé dès sept heures du matin afin d’assouvir ma passion pour la course moto, oublier pour un temps la clique politicienne française qui nous sert de syndic de faillite et qui se sert d’une une milice armée pour martyriser nos camarades (voir : « les brutalités policières contre l’AF »).

Avant une finale France-All Blacks de rugby pleine de promesses, la fête sur deux roues pouvait commencer : un français, Johann Zarco, mettant le feu sur la piste de Sepang en 125cc, afin de mettre la pression sur son adversaire Nico Terol et retarder un sacre mondial promis à l’espagnol. La catégorie moto2 suivait, avec son festival de glisses des deux roues en entrée de virage et des pilotes allant au bout de leurs forces sous les 50° de la piste malaise. Les seigneurs de la catégorie motoGP pouvaient alors entrer en piste, avec le double champion du monde Casey Stoner, Valentino Rossi et ses neuf titres mondiaux ou notre Randy de Puniet national, dernier rejeton d’une vieille famille de petite noblesse et playboy du paddock.

La fête n’aura hélas pas duré longtemps.

La Grande Faucheuse avait décidé de prélever sa sinistre et sanglante dîme, en désignant le prometteur Marco Simoncelli, espoir de la vitesse italienne et probable prétendant au titre mondial en 2012. Chutant en sortie de virage dès le deuxième tour, il est alors percuté par l’américain Nicky Hayden et par son ami, son idole, Valentino Rossi. Ces derniers ne purent absolument rien pour éviter le pilote Honda. Des motos pulvérisées, un casque arraché sous la violence du choc, un corps qui glisse et roule sur le bitume tel un pantin désarticulé, nous savons déjà que le pire est arrivé et que si le pilote survit à ce choc, ce sera au prix de lésions irréparables à la tête et aux vertèbres.

Drapeau rouge, arrêt de la course, visages défaits et blêmes des acteurs du Continental Circus, voix étranglée et bientôt les larmes en direct du pilote régis Laconi, commentateur pour Eurosport, lui qui en 2009, échappa de peu en course à la paralysie totale et qui sait que le pire est arrivé. Nous qui sommes passionnés de la course moto, nous pensons à ce moment à Jarno Saarinen et Renzo Pasolini, tués ensemble à Monza en 1973, à Patrick Pons fauché à Silverstone en 1980, à Michel Rougerie foudroyé à Rijeka en 1981, tous morts dans des circonstances analogues, percutés par des adversaires qui ne purent les éviter. Telle est la loi, la dure loi de ce sport de Seigneurs.

Aujourd’hui, la belle défaite des rugbymen français en Nouvelle-Zélande m’indiffère. Un artiste, un funambule, un guerrier s’en est allé au Paradis des motards rejoindre les Shoya Tomizawa, Christian Léon, Graig Jones, Michel Frutschi, Mike Hailwood, Olivier Chevallier, Bill Ivy, Daijiro Katoh, Santiago Herrero, Ivan Palazzese et autres Christian Ravel. Nous ne verrons plus sa grande carcasse arpenter les paddocks, ni son imposante tignasse qu’il arrivait néanmoins à caser dans son casque. Il était redouté par ses concurrents, car c’était un batailleur qui n’aimait rien d’autre que l’arsouille à 250 km/h, carénage contre carénage, freiner au-delà de la limite et martyriser ses pneus par de grandes glissades à l’accélération. Ceux qui sur la piste le craignaient, le critiquaient parfois aussi pour son audace et sa folle témérité, déjà le regrettent. Son comportement, son panache, son franc-parler, donnaient à notre sport sa flamboyance et l’empêchaient de devenir aseptisé comme la Formule 1 peut l’être. C’était une vivante incarnation du Joe Bar Team1 à lui seul.

Le sport moto, motoGP, Superbike, motocross confondus, est une discipline où le risque sera toujours présent et la Mort en embuscade. Les Princes de la moto, à force de la tutoyer sur les circuits, parfois l’étreignent et l’embrassent. A se demander comment certains, comme Giacomo Agostini, Phil Read ou John Surtees, ont pu échapper à la sinistre Dame à la faux. Ils coulent aujourd’hui des jours heureux, se demandant peut-être pourquoi la camarde les aura épargné dans cette grande loterie.

Quand à l’ami de Marco Simoncelli, le modèle, l’idole Valentino Rossi, l’homme aux neuf titres mondiaux, l’homme de tous les records, lui qui fut impliqué dans cette atroce tragédie aujourd’hui, pourra t’il seulement se relever de cette disparition ? Au crépuscule d’une saison noire pour un champion de sa trempe, victime d’une moto peu compétitive cette année, le champion aura-t-il les ressources mentales pour se battre à nouveau pour une couronne ? L’accident de Sepang ce 23 octobre aura peut-être fait une autre victime.

 

(1) Joe Bar Team : bande dessinée motarde mythique

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